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Rappel : am_PLAN
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Là encore, il est question de techniques ou de méthodes destinées à maîtriser les réalités.
Une action, ordinaire ou morale, est un ensemble composé d’un certain nombre d’éléments mis en relation ou en interaction diverses, avec, en gros des agents, des objets et des objectifs. La représentation schématique du désir, plus loin, offre un exemple de ce type d’analyse.
Les mots-clés à manipuler pour la compréhension d’un acte moral sont les suivants : l’individu / les autres / relations et interactions, société, culture, la (les) morale(s).
Ils sont traités dialectiquement par des spécialistes en sciences humaines dans des textes recensés sous le titre « œuvre-philo ».
Dans ces échanges dynamiques entre personnes, objets et fonctions apparaîtront des discordances constituant le problème « éthique ». Ce dernier terme est choisi à bon escient, car ici, il s’agit bien d’un théorie de la morale et non de sa simple pratique.
DEVELOPPEMENT.
On peut partir d’une première base consistante : par nature, nous recherchons le plaisir et nous essayons d'éviter la douleur. Il y a peu d'exceptions à ce principe. C'est un des points d’appui de la psychologie et la psychanalyse de Freud même si elle est contestée par certains à cause de son orientation top sexualiste.
On peut entendre par « nature », déjà d'un simple point de vue biologique, nos besoins et nos tendances aussitôt que nous arrivons au monde.
Si tout était bien fait, le milieu d'accueil devrait fournir au moi de quoi satisfaire facilement ses besoins, ses tendances, ses désirs. Il n'est point besoin d'épiloguer très longtemps pour s'apercevoir qu'il n'en est pas ainsi. D'où une première question de fond : pourquoi n'y a-t-il pas correspondance entre ces deux types d'exigences, nos demandes et les réponses de l'environnement. Ce jeu dialectique problématique sollicite donc une explication approfondie sur la base des trois termes évoqués.
Le cas du complexe d’Œdipe, étudié par Freud, illustre assez bien l’imbroglio d’un problème moral vécu.
Une situation familiale est là avec une trilogie courante : père, mère et enfant surtout de sexe masculin dans le contexte de la théorie freudienne (qu’on la partage ou qu’on la conteste, comme Onfray en ce moment). Pour le psychanalyste viennois, la recherche du plaisir sexuel sous tous les aspects (les caresses pour le jeune enfant, par exemple) perturbe les relations entre fils et père. Il y a une sorte de lutte pour accaparer la mère, objet du plaisir potentiel, sous des formes différentes pour chacun d’eux,
Recherche du plaisir, rien que de très normal : c’est une tendance humaine fondamentale. Mais du fait de l‘intériorisation progressive de ce qui est permis ou interdit et du sentiment trouble des rapports entre sexes, l’enfant se trouve devant un problème moral inextricable : haïr le père en tant que concurrent mais être obligé de l’aimer en tant que père.
C’est un cas de « double contrainte » étudié par l’Ecole de Palo Alto qui peut faire verser quelques esprits faibles dans la folie ou au moins dans la névrose. Ordinairement, cela s’arrange avec l’âge et la découverte d’autres filles mais parfois il peut y voir de graves perturbations demandant l’intervention d’un psychanalyste.
Tous les ingrédients d’une situation posant des problèmes de morale sont présents dans cet exemple connu.
Même en faisant simple, sur des besoins, tendances, exigences de la part d’un moi immergé dans un milieu quotidien courant, l’idée de discordance apparaît assez vite.
Dans la poursuite du plaisir, que certains appellent « le bien », plusieurs options sont à envisager.
Il pourrait y avoir une coïncidence parfaite entre l'offre et la demande. A tel plaisir recherché correspondrait une satisfaction sans obstacles. Ce n'est pas le cas ; l'expérience le montre chaque jour. Cela pose une première interrogation : d'où provient cette cacophonie en nous et hors de nous ?
On peut poser sans trop de risques de se tromper qu’au début est le « besoin », comme vécu direct et assez informe : besoin de manger, d’uriner, de déféquer. Il est distinct de la tendance car celle-ci sous-entend l’idée d’une orientation vers un objet ou une action. Plus différent est encore le désir dans sa complexité, ses développements et ses orientations diverses : du désir d’aimer à celui de se cultiver, par exemple.
Ce vocabulaire appartient à une fonction plus générale appelée « affectivité ». Dans un article, avec le texte de Piaget sur l’adaptation, un tableau synthétique de notre fonctionnement psychique a été présenté qui peut servir aussi au traitement des problèmes de morale. Il s’agit de psychologie simplement empirique suffisante quand on n’est pas obligé de recourir à des experts judiciaires pour la recherche de circonstances atténuantes, par exemple.
Le domaine à explorer est complexe. Le terme « affectivité » indique bien qu’il s’agit de réactions psychiques, à la voie passive, comme diraient les grammairiens. Quelque chose est là précédant heurtant le besoin, la tendance ou le désir même sous la simple forme d’un manque. Dans l’amour, par exemple, le (la) partenaire est attrait, absence, obstacle tout à la fois. On est actif et affecté.
Il faut donc insérer nos trois mots dans le cadre de fonctions affectives plus générales : émotion, sentiments, passions.
L'expression « être affecté » donne la signification générale de ces actions ou plutôt de ses réactions. En effet, en conjugaison, « être affecté » est au passif. Je suis ému, par exemple, à l'écoute d'un morceau de musique, à l'arrivée impromptue d'une personne chère, lorsqu'un bruit anormal se produit etc. Les fonctions de l’émotion sont nombreuses. Dans un texte situé sur le blog « Œuvres-philo », le psychologue Wallon montre sa fonction de socialisation et donc ses liens à la morale.
Chacun de ces termes désigne une modalité particulière de réaction s’exprimant sur la base des besoins, des tendances et des désirs.
L’émotion est une réaction immédiate et assez désordonnée à quelque chose d'inattendu ou que je redoute, qui m’effraie … En tout cas, il y a une rupture brusque de l'équilibre, comme le dit Janet : " la conduite de l'émotion est une conduite de l'échec. » Elle se traduit par des signes bien connus : rougeur, pâleur, larmes. Parfois même évanouissement, fuite, chute …Comportements qui selon Sartre sont des tentatives pour réduire à néant la cause de l'émotion, pour « néantiser » le réel. « L’évanouissement est un refuge ; faute de pouvoir éviter le danger, je l’ai nié. Telles sont les limites de mon action magique sur le monde : je peux le supprimer comme objet de conscience, mais je ne le puis qu’en supprimant la conscience elle-même. » (Équivalents : évanouissement, syncope = perte de conscience). Comme l’indique Alain : l’émotion « se résout par l’action. J’ai peur et je fuis, … je suis en colère et je déchire. »
Par certains côtés, la passion ne s'oppose à l'émotion que sur le plan de la durée et de la stabilité.
La passion est une émotion devenue chronique. c'est ainsi qu'on la trouve décrite dans l'amour désespéré de Madame Bovary ou celui, plus ambitieux, de Sorel envers Madame de Rênal, dans « le Rouge est le Noir » Comme le pense Alain, la passion se transforme « en émotion pensée, c'est-à-dire prévue, attendue…Ou alors, il y a « cristallisation » comme Stendhal l’indique à propos de l'amour à la manière des branches givrées au bord d’un ruisseau en hiver. Petit à petit des formes naissent : pas étonnant que la St Valentin soit en février..
Cela permet de situer les sentiments : amour, amitié, estime … dans une zone intermédiaire entre les deux extrêmes que seraient l'émotion et la passion envers un être ou un objet.
Les sentiments bénéficient plutôt d'une opinion favorable. Ce qui n'est pas le cas pour la peur, la colère, l’avarice un amour excessif … que l'on classe plutôt dans les émotions ou les passions.
La raison d'être de ces réactions affectives est toujours la même : recherche du plaisir et essai d’évitement de la douleur sans pouvoir toujours atteindre l'un ou l'autre de ces buts.
Nous refaisons inévitablement l'expérience des deux cas. Mémoire, langage et intelligence, confortés dans leur travail par les normes sociales, vont alors instaurer une échelle de valeurs selon que tel ou tel objet, telle ou telle expérience nous apporte satisfaction, agrément… ou désillusion, peine et douleur.
Voilà pourquoi on dit que l’affectivité a un rôle de valorisation des personnes, des objets et des actes. Elle constitue le cadre natif de la morale sans oublier l’angle sociologique et anthropologique car l’étude de notre situation réelle nécessite ces deux prises de vue.
Au long de ce parcours, interviennent donc le corps – principalement concerné par la douleur et le plaisir - et l'intelligence ainsi que la société. Intellectualisation et socialisation participeront à une transformation progressive – allant de la nature à la culture - de nos besoins, de nos tendances en désirs.
Les besoins, ressentis d'abord comme un manque, vont progressivement être maîtrisés, différés, réorientés. Par exemple, le besoin primitif de nourriture va se dériver (texte joint) en gourmandise ou alors en précautions diététiques, médicales … (cf. la lutte contre l’embonpoint et le cholestérol …) Certains besoins pourront même être implantés tout à fait artificiellement : tabac, alcool, drogue ou besoin d’estime de soi, de reconnaissance par autrui … sans que ce soient des besoins élémentaires ou vitaux …
On devinera sans peine les inévitables incidences de ces paramètres sur l’analyse de l’action morale. S’il est vrai, avec Socrate, que « nul n’est méchant volontairement », il est difficile d’ajouter que la totale innocence est également rare.
Dans l’article suivant autour du texte pivot de l’anthropologue Malinowski seront affinées les relations entre les fonctions affectives et la morale sous le nom de besoins élémentaires et dérivés. C’est sous ce dernier titre que sera étudié le désir source centrale de conflits éthiques
L’aspect psychologique des pratiques morales est ainsi déjà bien cadré, mais comme on le dit couramment : « L’homme n’est pas une île. » Il faudra donc le voir dans et avec son entourage socioculturel.
En anthropologie, le lien entre les civilisations et les différentes morales est très vaste ; il ne pourra qu’être effleuré dans quelques textes sur le blog complémentaire.
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