PhiloPapy

PhiloPapy

am11_Vrac

La PRATIQUE et les FINS _AGIR

La MORALE

 

Le mot est connu. Tout le monde en parle : à l’école, dans le rue, dans les médias. Faut-il s’en méfier et l’étudier davantage ou laisser tomber ?

 

am11_Vrac

 

Rappel du plan.

 

Comme d’habitude, partons de bases solides : le réel,  la vie quotidienne, le langage courant …

En laissant l’esprit jouer librement, on obtient un « vrac » de mots, d’expressions et d’exemples formant ce que les linguistes  appellent un « champ sémantique ».

C’est la technique du « Brainstorming », dont la traduction française pourrait être « foire-fouille ». Comme en ce lieu, on trouve du bon et du moins bon, des pépites d’or et des scories.

Pour parvenir à de l’organisé, notre brave René est encore là : Règle 2 du Discours : « diviser chacune des difficultés … en autant de parcelles qu’il se pourrait et qui serait requis pour les mieux résoudre »

A partir de son exemple, on a développé différents moyens de schématisation avec une grande variété d’utilisation du tableau qui porte son nom.

De la créativité à l’organisation, tout est là pour apprendre à philosopher.

 

 

Développement :     

recueillir un premier vrac de mots : un champ sémantique.                        

 

La morale est majoritairement considérée somme une affaite individuelle se formulant, dès l’enfance, en termes d’interdits, de culpabilité, de sanctions … Pourtant la pratique est essentiellement sociale. Il n’est pas besoin de consulter de savants traités pour l’aborder. Elle est du domaine courant comme l’indiquent  les ressources en vocabulaire et en exemples s’y rapportant. Crimes et délits par ci, Justice et exécutions légales, délinquance envahissante …  par là. On peut recenser un vrac de faits et d’idées suffisant pour lancer le débat.

 

Ce vrac conservé par écrit servira de moyen d’alimentation pour la suite de la recherche et de point  de repères, à la fin, pour évaluer ce qui a été acquis.

Les quelques exemples suivants peuvent constituer le champ sémantique du mot « morale ».

(sans contraintes : tels que ça vient à l’esprit)

Moral                   immoral       amoral                          éthique

Lois         interdits           sanctions         justice      prison

Vraie morale       Pascal       et l’autre ?

Morale d’esclaves (chrétienne) Nietzche

Conscience / conscience morale       cas ou état de conscience

Enfer          bonnes intentions

Action        avant                   pendant               après

Histoire (générale +  personnelle)           Société   

ton vécu, cadre de vie et expériences personnelles et sociales.

Ne pas négliger  l’actualité.

Education           leçon de morale      pratiques   les témoignages

Institution            justice        jurisprudence     les 3 pouvoirs    

Règles lois contraintes                  nécessité           libre arbitre

Obligations     sanctions    expérience morale

Moi / autrui          amour                  haine

Guerre          Violence

Besoins / tendances / désirs   Intelligence      Volonté 

Plaisir / douleur                     hédonisme / stoïcisme

 Etc.

 

Deuxième étape : poursuivre méthodiquement l’exploration.

Ce premier jet est déjà riche : le laisser décanter puis le reprendre le lendemain.

La technique du « circept » recommandée en plusieurs endroits est un guide utile :

  • rappeler / inventer LIBREMENT ce qui se rapporte au sujet …
  • répartir les trouvailles sur tout l’espace de la feuille pour pouvoir compléter, flécher …
  • on peut ajouter des mots, amorcer des séries, des regroupements au hasard des productions mentales tout aussi librement …
  • logique, pertinence, cohérence, formulation, évaluation … on verra plus tard.
  • reprendre le lendemain : compléter, évaluer et commencer à ranger, à peser, à organiser quelques idées ou regroupements, associations, d’oppositions ...

Un travail parallèle peut être accompli au moyen de listes ou de tableaux sur Excel. Cela permet d’établir un rangement par catégories,  avec des relations croisées horizontales et/ou verticales. Ne pas oublier la constitution de séries sur des critères logiques : cause / conséquences _ coordinations / subordinations.

Le plus souvent possible, trouver des exemples concrets pour illustrer ou prouve une idée, un argument.

 On s’aperçoit alors qu’on est plus riche en idées qu’on ne croit … Complété par un entraînement méthodique, ce travail d’apprentissage mêlant techniques et contenus se révélera payant.

Commencer à le compléter  le vrac par consultation de  dictionnaires des synonymes, des analogies …

        Pour Internet et les dictionnaires, ne pas se perdre dans la lecture des articles pour l’instant, surtout avec les risques de noyade liés au lien hypertextes. Ils serviront  de point de comparaison ou d’enrichissement seulement à la fin du travail de pré-rédaction.

Quelles orientations du programme officiel peuvent guider ?

  « la pratique et les fins » ou « l’agir »   /    la morale / l’éthique …

« La morale et toi », est un titre convenable et une première approche large du problème.

Sur la ligne de départ, c’est plutôt l’encombrement : il va falloir choisir et organiser. En premier lieu, un rangement en deux séries doit suffire.

  • Aspects psychologiques puisque l’acte moral est essentiellement individuel,
  • Aspects sociologiques puisqu’il est en même temps un fait social par ses origines et ses exigences.

Pour le plan individuel et psychologique, les grands auteurs, depuis l’Antiquité, retiennent ordinairement un lot de termes comme : besoins, tendances, désirs … Ils suffisent pour commencer, en les prenant dans leur signification ordinaire.

Car, on l’aura compris, la Morale pose des problèmes tant dans ses aspects contraignants connus que pour son caractère répressif, du « Dis bonjour à la dame ! » aux  interdictions de voler, violer, tuer, torturer … avec sanctions pénales à l’appui.

(c’est le jeu du « système social » : voir les textes se Linton et Pearson sur le blog « œuvres-philo »)

Cet aspect principalement conflictuel dans les rapports sociaux sera au centre de la présente analyse.

 

Pour le plan individuel et psychologique,  les grands auteurs, depuis l’Antiquité, retiennent ordinairement un lot de termes comme : besoins, tendances, désirs … Ils suffisent pour commencer, en les prenant dans leur signification ordinaire.

On peut poser sans trop de risques de se tromper qu’au début est le « besoin », vécu direct et assez informe : besoin de manger, d’uriner, de déféquer. Il est distinct de la tendance car celle-ci sous-entend l’idée d’une orientation vers un objet ou une action, donc un besoin + au moins une expérience. Plus différent est encore le désir dans sa complexité, ses développements et ses orientations diverses : du désir d’aimer à celui de se cultiver, par exemple.

Ce vocabulaire appartient à une fonction plus générale appelée « affectivité ». Plus haut, avec le texte de Piaget sur l’adaptation, un tableau synthétique de notre fonctionnement psychique a été présenté qui peut servir aussi au traitement des problèmes de morale. Il s’agit de psychologie simplement empirique suffisante quand on n’est pas obligé de  recourir à des experts judiciaires pour la recherche  de circonstances atténuantes, par exemple.

Le domaine à explorer est complexe. Le terme « affectivité » indique bien qu’il s’agit de réactions psychiques, à la voie passive, comme diraient les grammairiens. Même si des querelles d’école opposent deux formules à propos de l’émotion : je suis ému, donc je pleure ou l’inverse. On ne s’y attardera pas.

Quelque chose est là avant le besoin, la tendance ou le désir, qui ne facilite pas la recherche des mobiles, des motifs et des responsabilités.

Pour être complet,  il faut en effet insérer nos trois mots dans le cadre de fonctions affectives plus générales : émotion, sentiments, passions.

        L'expression « être affecté » donne la signification générale de ses actions ou plutôt de ses réactions. En effet, en conjugaison, « être affecté » est au passif. Si on reprenait terme à terme chacune des fonctions ou opérations actuellement étudiées, la preuve serait facilement faite que ce sont des réactions affectives, ressenties, subies à la suite de la présence ou de l'action d'un objet, d'un être, d'un événement extérieur. Je suis ému, par exemple, à l'écoute d'un morceau de musique, à l'arrivée impromptue d'une personne étrangère, lorsqu'un bruit anormal se produit etc. Les fonctions de l’émotion sont nombreuses. Dans un texte situé sur le blog « Œuvres-philo », le psychologue Wallon montre sa fonction de socialisation et donc ses liens à la morale.


        Chacun de ces  termes désigne une modalité particulière de réaction s’exprimant sur la base des besoins, des tendances et des désirs.

        L’émotion est une réaction immédiate et assez désordonnée à quelque chose d'inattendu ou que je redoute, qui m’effraie … En tout cas, il y a une rupture brusque de l'équilibre, comme le dit Janet : " la conduite de l'émotion est une conduite de l'échec. » Elle se traduit par des signes bien connus : rougeur, pâleur, larmes. Parfois même évanouissement, fuite, chute …Comportements qui  selon Sartre sont des tentatives pour réduire à néant la cause de l'émotion, pour «  néantiser » le réel. « L’évanouissement est un refuge ; faute de pouvoir éviter le danger, je l’ai nié. Telles sont les limites de mon action magique sur le monde : je peux le supprimer comme objet de conscience, mais je ne le puis qu’en supprimant la conscience elle-même. » (Équivalence. évanouissement, syncope = perte de conscience)


Cependant l’émotion n’est pas à un phénomène durable. Comme l’indique Alain : l’émotion «  se résout par l’action. J’ai peur et je fuis, … je suis en colère et je déchire. »


        L'autre issue peut être la rééquilibration par des habitudes ou des techniques de maîtrise de soi. Ou encore par une  dérivation sur une autre tâche, sur un autre centre d'intérêt. J’essaie d’oublier mon désarroi au profit d’une action extérieure, plus facile, impliquant moins ma personne que dans le précédent face à face un peu délicat avec une personne qui m’impressionne ou me trouble

 

        Par certains côtés, la passion ne s'oppose à l'émotion que sur le plan de la durée et de la stabilité.


        La passion est une émotion devenue chronique. C'est ainsi qu'on la trouve décrite dans l'amour désespéré de Madame Bovary ou  celui, plus ambitieux, de Sorel envers Madame de Rênal,  dans « le Rouge est le Noir » Comme le pense Alain, la passion se transforme « en émotion pensée, c'est-à-dire prévue, attendue…Ou alors, il y « cristallisation » comme Stendhal l’indique à propos de l'amour à la manière des branches givrées au bord d’un ruisseau en hiver. Petit à petit des formes - esthétiques d’ailleurs - naissent : pas étonnant que la St Valentin soit en février.

 

        Cela permet de situer les sentiments : amour, amitié, estime … dans une zone intermédiaire entre les deux extrêmes que seraient l'émotion et la passion envers un être ou  un objet.

 

        Les sentiments bénéficient plutôt d'une opinion favorable. Ce qui n'est pas le cas pour la peur, la colère, l’avarice ou un amour excessif … que l'on classe  dans les émotions ou  les passions.


        La raison d'être de ces réactions affectives  - on peut parler ici de motivation, c'est-à-dire de mise en mouvement, - réside dans le fait que l'être humain recherche le plaisir et essaie d’éviter  la douleur sans pouvoir toujours atteindre l'un ou l'autre de ces buts.

Nb. le néologisme « démotiver » est contradictoire et devrait être évité
        Nous refaisons inévitablement l'expérience de l'un de l'autre. Mémoire et intelligence, confortés dans leur travail par les normes sociales, vont alors instaurer une échelle de valeurs selon que tel ou tel objet, telle ou telle expérience nous  apporte satisfaction, agrément… ou  désillusion, peine et douleur.

               

        Voilà pourquoi on dit que l’affectivité a un rôle de valorisation des personnes, des objets et des actes. Elle constitue le cadre natif de la morale sans oublier l’angle sociologique et anthropologique comme autre prise de vue.


        Au long de ce parcours, interviennent donc le corps – principalement concerné par la douleur et le plaisir - et l'intelligence ainsi que la société. Intellectualisation et socialisation participeront à une transformation progressive – allant de la nature à la culture - de nos besoins, de nos tendances, de nos désirs.


        Les besoins, ressentis d'abord comme un manque, vont progressivement être maîtrisés, différés, réorientés. Par exemple, le besoin primitif de nourriture va se dériver (texte joint)  en gourmandise ou alors en précautions diététiques, médicales …  (cf. la lutte contre l’embonpoint et le cholestérol …)   Certains besoins pourront même être implantés tout à fait artificiellement : tabac, alcool, drogue ou   besoin d’estime de soi, de reconnaissance par autrui … sans que ce soient des besoins élémentaires ou vitaux …

On devinera sans peine les inévitables incidences de ces paramètres sur l’analyse de l’action morale. S’il est vrai, avec Socrate, que « nul n’est méchant volontairement »,  il est difficile d’ajouter que la totale innocence est rare aussi.

Il s’agit ici de généralités qu’on retrouvera reprises et développées d   ans d’autres articles.

Dans l’article suivant autour du texte pivot de l’anthropologue Malinowski sur les besoins « dérivés »seront affinées les relations entre les fonctions affectives et la morale.



16/03/2013
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Enseignement & Emploi pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 8 autres membres